Depuis décembre dernier l’état de l’économie américaine s’est clairement détérioré et la probabilité de la voir entrer en récession s’est élevée. Savoir si l’économie américaine va, sur la première partie de l’année 2008, connaître un fort ralentissement de la croissance ou bel et bien une contraction de l’activité n’est toutefois pas essentiel : la vraie question est celle de la durée de la période de stagnation qui commence. Y aura-t-il, comme nous l’attendions en décembre, un rebond de l’activité à partir de l’été et, en 2009, la croissance américaine retrouvera-t-elle un rythme proche de son potentiel ? Ou bien va-t-elle, en 2008 comme en 2009, connaître une quasi-stagnation ?
Le risque de voir se réaliser ce second scénario, préoccupant pour les États-Unis comme pour le reste du monde, s’est considérablement élevé au cours des dernières semaines. L’extension de la crise financière à tous les compartiments du système de crédit a conduit en effet à un élargissement marqué des primes de risque pour tous les types de prêts et toutes les catégories d’emprunteurs privés. Malgré une baisse agressive des taux directeurs américains, malgré aussi des taux obligataires publics revenus vers des niveaux planchers observés au début de cette décennie, le coût des emprunts hypothécaires prime à 30 ans et à taux fixes est loin d’avoir suivi : après une baisse marquée en janvier ce coût est nettement remonté en février pour ne redescendre un peu, qu’à partir de la mi-mars. Or, le niveau de ces taux hypothécaires joue un rôle clé dans la stabilisation de la conjoncture américaine : s’ils baissent suffisamment les ménages américains seront incités à emprunter et s’ils parviennent effectivement à le faire, une stabilisation du volume des transactions immobilières deviendra possible. Or, sans cette stabilisation la baisse du prix des maisons ne pourra être enrayée, et la spirale récessive dans laquelle l’économie américaine est engagée deviendra de plus en plus difficile à briser : la poursuite de la baisse des prix immobiliers aggrave le risque de voir un nombre toujours croissants de ménages emprunteurs faire défaut sur leur dette hypothécaire ; en même temps, en réduisant la valeur du patrimoine immobilier des ménages américains, elle va conduire à des effets de richesse négatifs qui pèseront demain sur leurs dépenses. Sans une baisse marquée des taux hypothécaires prime, sans aussi une disponibilité accrue de ce type de crédit, la crise financière et les perspectives de la conjoncture américaine ne peuvent que se déteriorer.
Quelles sont, dans ces conditions, les raisons de croire qu’une stagnation prolongée de l’économie américaine peut être évitée ? La baisse du dollar d’abord, qui, dans un contexte de croissance mondiale encore soutenue va apporter, en 2008 comme déjà en 2007, un soutien appréciable à l’économie américaine. La prise de conscience, ensuite, par les autorités américaines de la gravité de la situation à laquelle elles sont confrontées. Elle s’est traduite, par le vote d’un plan de stimulation fiscale d’environ 150 milliards de dollars qui, lui aussi, viendra soutenir, pendant quelques mois au moins, la conjoncture. Elle se traduit, surtout, depuis quelques semaines, par la recherche de solutions financières à la crise : des propositions de restructuration de la dette subprime viennent d’être faites au Congrès et des mesures visant à faciliter la distribution et abaisser le coût des crédits hypothécaires prime commencent à être prises. La mise en œuvre rapide de mesures allant dans ces directions, jointes à la politique monétaire déterminée menée par la Réserve fédérale, peuvent encore permettre d’éviter le pire...

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