Beaucoup d’investisseurs se souviennent des années ’90 durant lesquelles les Marchés émergents évoluaient en dents de scie et passaient d’une crise à l’autre, entrecoupés de pics de performance très importants. Cependant, ces dernières années, tant l’évolution macroéconomique des pays émergents que leurs performances financières se sont avérées excellentes. Mais les États-Unis restent encore la superpuissance économique mondiale et les Marchés émergents sont toujours perçus comme fortement dépendants de l’Oncle Sam. Dès lors, l’émergence de la crise du subprime américain et sa conversion en crise financière mondiale pose maintenant la question de la résistance de ces marchés à fort beta si les États-Unis (voire même l’Europe) entraient en récession.
Le débat tourne donc autour de la question du découplage économique… Selon cette théorie, les Marchés émergents sont de moins en moins dépendants des États-Unis et bénéficient d’une base plus large de partenaires commerciaux et d’une augmentation de la consommation domestique et intra-pays émergents. Cette moindre dépendance économique devrait permettre aux Bourses émergentes de mieux résister en cas de problèmes aux États-Unis.
Il est évident que si les États-Unis connaissent une forte récession, aucune région du monde n’en sortira indemne, les Marchés émergents non plus et même dans le cas d’une récession de faible ampleur, des révisions bénéficiaires sont inévitables. Cependant, depuis plusieurs années, le contexte a changé et les Marchés émergents sont maintenant mieux armés pour résister à un ralentissement de l’économie américaine. En effet, sur les dix dernières années, l’arrivée de l’Inde et de la Chine sur la scène économique mondiale, les importantes réformes menées par ces pays ont permis aux Marchés émergents de s’affranchir quelque peu de leur dépendance aux marchés américains.
Plusieurs éléments plaident en faveur de cette théorie du découplage :
- Plus de la moitié de la croissance mondiale provient des pays émergents ;
- Les pays émergents contribuent à hauteur de 32% au PIB mondial ;
- Les exportations de la Chine vers l’Europe surpassent maintenant les exportations vers les États-Unis ;
- Les exportations de la Chine vers les autres pays émergents sont plus importantes que vers les marchés développés ;
- La consommation domestique augmente grâce à l’émergence d’une classe moyenne fortunée mais aussi au travers de nouveaux plans d’infrastructure ;
- En termes économiques, la demande en provenance des principaux pays émergents (BRIC, pays pétroliers) est égale à la demande américaine pour les exportations émergentes.
Les réformes menées dans la plupart de ces pays suite aux différentes crises des années ’90 ont empêché les gouvernements d’investir dans les infrastructures et leur ont permis d’assainir les finances publiques. Les sociétés émergentes ont suivi la même tendance et ont effectué un important travail de désendettement. Ces importantes réformes ont été soutenues par un environnement de politique monétaire favorable et par la faiblesse du dollar. D’une certaine façon, on peut dire que, d’un point de vue macroéconomique, la plupart des Marchés émergents sont maintenant en meilleure santé financière que certains de leurs concurrents développés. Maintenant que les budgets de ces États et de ces sociétés sont pour la plupart en boni, les investissements peuvent enfin démarrer. Ces investissements, notamment dans les infrastructures, sont cruciaux pour pouvoir continuer à assurer la production et l’approvisionnement en produits et services et donc pour maintenir la croissance.
Cependant, il faut être prudent car si le découplage économique vis-à-vis des États-Unis est visible, cela ne signifie pas automatiquement qu’un découplage des marchés financiers va se produire. Malgré la nette surperformance des Marchés émergents ces cinq dernières années, la corrélation avec les marchés mondiaux a augmenté. Dans un monde où les connexions financières sont de plus en plus nombreuses, il est difficile d’échapper à une baisse généralisée. De plus, étant donné que l’écart de valorisation entre les Marchés émergents et développés a disparu depuis l’été et que l’aversion au risque a récemment beaucoup augmenté, il est clair que les Marchés émergents sont maintenant plus exposés à une vague de prise de bénéfices.
Si les Marchés émergents sont donc actuellement dans une zone à risque dans laquelle des épisodes de correction sont à envisager, selon nous, il ne s’agit là que de problèmes à court ou moyen terme qui ne remettent pas en question le potentiel de long terme de ces pays dont les fondamentaux ne cessent de s’améliorer. Nous conseillons aux investisseurs de procéder à leurs achats en actions émergentes de manière progressive de considérer les périodes de correction comme des opportunités d’achat tout en gardant à l’esprit que la volatilité des marchés va rester élevée dans les prochaines semaines.

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