Investir en Turquie : risques et opportunités

La plupart des investisseurs sont désormais conscients des attraits qu’offre la Turquie dans une perspective de diversification mais ils connaissent encore peu ce marché. Il est donc utile de dresser un panorama général de l’économie turque afin d’en identifier les risques et opportunités.

Une économie en pleine expansion

L’économie turque est actuellement en pleine expansion. Son PIB a augmenté de 187% entre 2002 et 2007, atteignant 663 milliards de dollars. Plusieurs éléments favorisent cette progression : une population jeune, dynamique et qualifiée qui constitue un réservoir de main d’œuvre pour les prochaines années ; située aux frontières de l’Europe, de l’Asie centrale et du Moyen-Orient, la Turquie occupe une position stratégique qui offre un avantage indéniable pour son futur développement économique ; l’ancrage avec l’Union européenne constitue un facteur de soutien et augmente la crédibilité internationale du pays ; les récentes réformes mises en place notamment suite à l’importante crise financière qu’a connu la Turquie en 2001 commencent à porter leurs fruits et devraient aider le pays à continuer dans la bonne direction.
L’un des piliers de ce vaste programme de réformes fut l’établissement d’une discipline fiscale très stricte. De même une nouvelle politique monétaire focalisée sur l’inflation ainsi qu’un taux de change flottant ont été mis en place.

Un déficit courant très élevé… financé par une augmentation des investissements étrangers

Le déficit de la balance courante est un élément préoccupant de l’économie. En effet, une grande partie du capital présent en Turquie est du capital à court terme qui peut à tout moment quitter le pays. C’est un risque important pour le système bancaire turc. En réponse à ce risque, un facteur favorable commence à émerger : l’augmentation et la diversification des investissements étrangers de long terme, qui permettent de financer une partie du déficit: pénétration de banques étrangères, projets dans le secteur énergétique, privatisation d’infrastructures stratégiques, immobilier, etc. En 2007, la Turquie a réussi à attirer 21 milliards de dollars d’investissements directs venant de l’étranger, ce qui représente un sommet encore jamais atteint par le pays.

Une meilleure gestion des risques au sein du système bancaire

L’accumulation d’importantes positions en devises étrangères a contribué au déclenchement de la crise du système bancaire survenue en 2001. Les bilans des banques étaient extrêmement sensibles aux évolutions des taux de change et leur base de capital était très faible. Depuis, elles ont peu à peu transféré la majorité de leurs actifs investis en devises étrangères vers des obligations d’Etat et ont fortement diminué leur endettement. Actuellement, les banques sont correctement financées et ont les capitaux suffisants pour faire face aux turbulences des marchés.

Une dette principalement libellée en devises étrangères mais des emprunts d’entreprises plus sains

La dette du secteur privé par rapport au PIB ne cesse d’augmenter. Elle s’élevait ainsi au 3e trimestre 2007 à 31% du PIB. Ce qui pose question, c’est que cette dette est surtout libellée en devises étrangères. Cependant le secteur privé a progressivement modifié la structure de sa dette afin de réduire le risque de choc en en passant d’une majorité d’emprunts à court terme vers une base plus large d’emprunts à long terme.

Aperçu de la Bourse turque

La capitalisation de marché de la Bourse d’Istanbul a fortement augmenté et est passée de USD 34 milliards de en 2002 à USD 290 milliards en 2007 (Source : Istanbul Stock Exchange ). Le secteur bancaire est prépondérant puisqu’il représente près de 40% de l’Indice ISE 100 National Index qui reprend les principales actions du marché.

Les performances dégagées par le marché turc sont exceptionnelles : depuis le 3 octobre 2002, date d’entrée en vigueur du nouveau gouvernement à parti unique, l’indice de la Bourse turque, ISE National 100 index a augmenté de 317 % en livre turque ou 475 % en dollars (à fin août 2008). Suite aux tensions politiques apparues durant la première moitié de l’année, l’indice a perdu 25 % depuis début janvier. Mais les incertitudes électorales s’évaporant, les mesures d’aides prises par le FMI et la poursuite des réformes structurelles et économiques, annoncent une reprise certaine à court terme.

Récents développements et perspectives

La Turquie dispose de nombreux atouts :

  • Transformation macroéconomique : la croissance continue, des développements doivent encore venir en termes de privatisation, de réduction de la dette publique, de l’inflation et dans la politique monétaire ;

  • Une discipline fiscale efficace qui permet de maintenir la confiance et qui est renforcée par la stabilité politique ;

  • Taux d’intérêt réels élevés (les plus élevés d’Europe) qui compensent largement les risques encourus.

  • L’ancrage avec l’Union européenne permet de poursuivre les réformes nécessaires
    Mais les risques ne sont jamais loin :

  • L’économie va ralentir en 2008 ;

  • L’inflation devrait grimper au-delà de la fourchette fixée par la banque centrale turque en 2008, mais une baisse est attendue en 2009 ;

  • Les flux étrangers devraient diminuer mais permettront toujours de financer le déficit de la balance courante.

Fin 2008 et 2009 seront des moments difficiles pour la Turquie, comme pour la plupart des marchés financiers. Cependant, en tant que pays émergent doté d’un ancrage fort avec les pays développés et d’une croissance supérieure à la moyenne européenne, la Turquie reste un marché attractif pour les investisseurs.

 

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