Focus – Télécommunications : en quête de croissance

 Une mutation profonde réalisée en très peu de temps

Le secteur des Télécommunications est probablement l’un des secteurs qui a subi le plus de transformations ces dernières années. Ses activités auparavant principalement orientées vers la téléphonie fixe se sont peu à peu diversifiées pour tout d’abord reprendre la téléphonie mobile, puis la transmission de données (data) pour englober finalement de nombreuses activités liées à la digitalisation des données.

À cette mutation liée aux activités, s’est rajoutée une mutation de l’environnement concurrentiel dans lequel ces sociétés évoluaient. En effet, la dérégularisation du marché, , a favorisé l’arrivée de nouveaux acteurs. Il en va de même de l’internationalisation des économies. Les opérateurs de télécommunications doivent donc maintenant faire face à une compétition acharnée qui entraîne une forte pression sur les prix. La configuration auparavant en vigueur en Europe où un acteur, dépendant de l’État, dominait chaque marché national est bel et bien obsolète. Les opérateurs ont, pour la plupart, été privatisés et dépassent maintenant leurs frontières nationales. Ainsi, par exemple, KPN, opérateur historique hollandais est maintenant l’un des leaders de la téléphonie mobile en Allemagne et inversement Deutsche Telekom tient le haut du pavé aux Pays-Bas.

De même, une nouvelle concurrence s’installe avec les opérateurs de télévision par câble. Chacun mord sur le territoire de l’autre : les sociétés de télécommunications offrant des services de télévision digitale et les cablo-opérateurs offrant des services de téléphonie par le câble.

Étant donné les évolutions techniques auxquelles les entreprises de télécommunication doivent faire face, ces dernières ont des besoins colossaux en dépenses en investissement (capex), nécessaires à l’installation ou à l’amélioration des infrastructures (lignes ADSL, fibre optique). Pouvoir fournir aux clients de nouveaux services à la pointe de la technologique nécessite d’importantes dépenses.

Une autre dépense importante des sociétés de télécommunications est l’achat des licences UMTS (2000). Le fait que ces licences ne sont pas encore amorties réduit les bénéfices des sociétés, ce qui implique que sur certains ratios de valorisation, comme le P/E, le secteur des Télécommunications semble encore assez cher. Pourtant si on mesure l’EBITDA ( Earnings Before Interests, Taxes, Depreciation and amortisation, c’est à dire Excédent brut d’Exploitation) ou encore le Free Cash Flow (FCF), le secteur des Télécommunications peut être considéré comme attractif.

 Téléphonie mobile européenne : la pression sur les prix est énorme

Actuellement, le paysage des Télécommunications se compose au sein de chaque pays d’environ 3 à 4 grands opérateurs mobiles ainsi que des petites sociétés plus virtuelles et moins crédibles. Les différents opérateurs se différencient peu, tout se joue donc sur les prix et éventuellement la qualité de couverture.

Les pressions sur la profitabilité des sociétés sont de plus en plus importantes. Le système des « Mobile Termination Agreement » (Accord entre les différents opérateurs de prélever au client d’un opérateur des frais supplémentaires pour l’utilisation des infrastructures d’un autre opérateur) ont fait l’objet de l’attention des autorités européennes entraînant une diminution voire même parfois une disparition totale de ces frais. Ces accords entre opérateurs avaient l’avantage pour eux d’empêcher quiconque de casser les prix : au plus bas sont les frais de MTA à payer entres opérateurs, au plus facile il est pour ces derniers de baisser ces prix.

 Un secteur mature à la recherche de nouveaux vecteurs de croissance

En termes de revenus, la croissance du segment voix (téléphonie fixe et mobile) est très faible et même parfois négative. Le segment des données (sms, videos, photos) est, quant à lui, en forte progression.
Le principal vecteur de croissance du secteur se situe dans les Marchés émergents. Ces pays ont un réseau de ligne fixe peu développé (trop cher à installer), tout passe donc par la téléphonie mobile.

Deux types d’opérateurs peuvent être mis en évidence :les opérateurs qui restent focalisés sur les marchés matures avec faible croissance top line (Deutsche Telekom, France Telecom, Belgacom)  et les opérateurs qui investissent massivement sur les Marchés émergents avec une forte croissance top line (TeliaSonera,Telenor, Telefonica) ;

Si, en termes de P/E, le secteur des Télécommunications n’est pas tellement attractif, le free cash flow est bon, les bilans des sociétés sont sains et le rendement du dividende  du secteur est très élevé.

Malgré ces caractéristiques relativement défensives, le secteur a fortement sous-performé ces derniers mois.

 Stratégie et perspectives

Selon nous, à terme en Europe, le secteur devrait faire l’objet d’une grande vague de consolidations mais ce processus sera long étant donné les probables levées de boucliers politiques qui s’en suivraient.

Une sélection adéquate des valeurs consiste selon nous à favoriser les opérateurs de téléphonie mobile dotés d’une exposition importante aux Marchés émergents (Vodafone, TeliaSonera, Telefonica) et de se focaliser sur les entreprises gérées comme des entreprises privées et non pas comme des entreprises d’État, ce qui leur permet une plus grande flexibilité en termes de réduction des coûts.

 

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