Le secteur jouit aujourd’hui de ses qualités de refuge dans un climat financier en berne avec des économies mondiales qui s’enfoncent dans la récession. Les multiples de PE vont de 12 fois pour Heineken à 20 fois pour l’Oreal en passant par 14 fois pour Tesco. Soit une prime de visibilité à des plus hauts historiques par rapport aux autres secteurs européens… Cette prime est-elle justifiée ? Nous ne le pensons pas. A court terme, les incertitudes régnant sur les autres secteurs ont poussé les investisseurs à se réfugier dans les Consumer Staples. Mais, les bénéfices des sociétés du secteur sont-ils si prévisibles ? Si d’aucuns ont toujours un bon « pricing power » (pouvoir de fixation des prix), des éléments négatifs viennent noircir le tableau.
La distribution alimentaire : entre un pouvoir d’achats en baisse, une compétition acharnée et la négociation avec les produits de marques.
La forte baisse du pouvoir d’achat des ménages s’est tout d’abord traduite par des restrictions dans les dépenses non alimentaires, ce qui a impacté principalement les grandes surfaces de format Hypermarché. L’inflation des matières premières, répercutée dans les produits alimentaires, a amené le consommateur à des changements de comportement à ce niveau. A savoir, de plus en plus d’achats de produits de marque propre aux distributeurs et une augmentation sensible du hard discount. A cela, s’ajoute un ralentissement de la croissance des ventes en général, couplé à des coûts toujours en hausse, impactant négativement les marges et donc les bénéfices des entreprises.
La production alimentaire : un pouvoir de fixation des prix moins évident et des volumes qui prennent une évolution négative
Jusqu’ici, les producteurs avaient réussi à faire porter le coût de l’inflation dans leurs prix négociés aux distributeurs et les volumes restaient solides. Aujourd’hui, rares sont les sociétés qui peuvent afficher une évolution des volumes positive. Après l’entrée en récession de nombreux pays européens, les pays émergents qui jusque là affichaient une certaine croissance ont commencé à montrer les premiers signes de ralentissement. De plus, les marques propres des distributeurs gagnent de plus en plus de parts de marché. L’évolution bénéficiaire risque ainsi d’être difficile pour certains dans les prochains trimestres.
On peut tirer les mêmes conclusions pour les brasseurs et les producteurs de spiritueux dont la croissance a été fortement tirée par les pays émergents ces dernières années. Avec des coûts toujours en augmentation, leurs marges vont être soumises à une certaine pression.
Enfin, les producteurs de tabac tirent toujours leur épingle du jeu, avec un pouvoir de fixation des prix intact, une cyclicité faible et des valorisations attractives.
Concernant notre positionnement, nous sommes fortement surinvestis dans le tabac (BAT), nous avons un biais « premium » envers des sociétés qui possèdent un important pouvoir de fixation des prix et dont la croissance est visible (Nestlé, Danone ou Reckitt Benckiser).

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