Focus : La rotation sectorielle : phénomène fondamental ou technique ?

Les marchés des actions connaissent régulièrement des mouvements de rotation sectorielle qui peuvent parfois s’avérer violents. La rotation sectorielle la plus classique s’opère entre deux grandes catégories de sociétés : les valeurs cycliques et les valeurs défensives.
Ces mouvements obéissent-ils à une logique fondamentale ou ne s’agit-il, plus simplement, que d’un phénomène technique ? La macroéconomie est souvent à la base de ce mouvement et c’est pourquoi l’observation des indicateurs avancés comme l’ISM, l’IFO, les commandes de bien durables est importante afin de comprendre et détecter les phases de rotation sectorielle. Les marchés des actions étant un mécanisme d’anticipation, il n’est pas surprenant de voir qu’un indicateur agrégé d’indicateurs avancés détermine les arbitrages entre valeurs cycliques et valeurs défensives, comme en témoigne le graphique ci-dessous.

 

Performances relatives des valeurs cycliques industrielles vis-à-vis des défensives

 

Il apparaît donc judicieux d’acheter les valeurs cycliques quand la dérivée seconde, c’est-à-dire la tendance aux nouvelles, commence à s’améliorer plutôt que d’attendre l’arrivée des bonnes nouvelles. Une autre façon de procéder consiste à regarder les tendances relatives des bénéfices, étant donné qu’une rotation sectorielle n’est rien d’autre qu’un phénomène d’arbitrage relatif entre deux variables.

Si on observe les performances relatives récentes, il semble qu’un mouvement de rotation sectorielle majeur soit en cours. Tandis que les indices actions ont touché leur plancher en mars 2009, les valeurs cycliques ont, quant à elles, atteint leur niveau le plus bas dès novembre 2008, accréditant l’idée selon laquelle les valeurs cycliques jouent toujours le rôle d’indicateur avancé pertinent pour le marché. Les valeurs cycliques donneraient en effet une idée de la tendance générale du marché avec 6 mois d’avance. L’histoire ne ferait une nouvelle fois que se répéter. Depuis quelques semaines, l’évidence d’une amélioration de la dérivée seconde se confirme. Bien que cohérente par rapport à des schémas historiques classiques, cette dernière rotation sectorielle n’en n’est pas moins déroutante car nous vivons actuellement un cycle économique anormal ou du moins non comparable à celui de 2003 ou 1990 par exemple. Cela pourrait-il signifier que le marché a détecté quelque chose qui nous aurait échappé ? Ou bien serait-il tout simplement frappé de cécité et sera-t-il rattrapé par la réalité dans les prochains moins lorsque les valeurs cycliques s’effondreront à nouveau, une fois l’absence de reprise économique constatée ? Un élément technique est très important cette fois. Conforté par l’absence de visibilité entourant les perspectives économiques depuis plusieurs mois, le positionnement des investisseurs était excessivement consensuel, c'est-à-dire caractérisé par un mimétisme défensif qui pouvait frôler l’hystérie. Le retour de balancier ne pouvait qu’en être plus violent à la moindre moins mauvaise nouvelle.

 

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