Tout le monde le sait : les marchés des actions, après avoir atteint un plancher historique début mars, sont en plein redressement. Quant aux performances des Bourses asiatiques dans leur ensemble (hors Japon), elles sont à faire pâlir le principal indice américain, le S&P 500.
Avec une différence de 38 % (performances en dollars, hors dividendes) depuis le début de l’année, le jeu en vaut la chandelle. La question à se poser est donc la suivante : les placements sur les marchés asiatiques offrent-ils des perspectives qui restent intéressantes à long terme ? Et, point important à noter, cette surperformance est-elle appelée à durer ?
Optimisme à long terme toujours de mise
La croissance démographique est une première raison de conserver l’optimisme vis-à-vis de l’Asie sur le long terme. Dans des pays comme le Vietnam et l’Inde, une part croissante de la population entend investir pleinement dans l’avenir. En Occident, la pyramide des âges prend plutôt une forme de triangle inversé (peu de jeunes à la base, beaucoup de personnes âgées au sommet). En Asie, c’est le contraire. Une population jeune y insuffle un regain de dynamisme et garantit le développement d’un système de sécurité sociale.
Autre facteur positif : la valorisation des Bourses asiatiques. En Asie, la plupart des marchés ont signé une progression de plus de 70 % depuis leurs niveaux planchers atteints en octobre-novembre 2008. Ne perdons cependant pas de vue que certains étaient alors à leur plus bas niveau en 20-30 ans ! En mars, alors que les Bourses occidentales étaient au plus bas, les marchés asiatiques ont évité d’atteindre un nouveau plancher, ce qui nous conforte dans l’idée que les cours enregistrés à la fin de l’an dernier étaient à un niveau jamais atteint en « une génération ».
On peut néanmoins dire que la première phase de la reprise dopée par la disponibilité de liquidités est passée et que le marché va maintenant devoir se concentrer sur la croissance des plus-values.
Globalement, on constate que le ratio cours-valeur comptable des Bourses asiatiques s’établit à 2 environ, soit le milieu de la fourchette historique. Le rapport cours-bénéfice atteint quant à lui 15 à 16, un résultat raisonnable à l’aune des augmentations de bénéfices qui se profilent pour l’an prochain. Sur différentes places asiatiques (Singapour, Japon, Taiwan), le rendement des actions (dividendes) est supérieur à celui engrangé sur les obligations d’État. Toutefois, beaucoup de pays d’Asie ne disposent pas d’un marché obligataire avancé ou bien développé pour les bons d’État. De nombreux investisseurs nationaux détiennent des dépôts et des produits monétaires à faible rendement. Un marché boursier en plein essor va les inciter à investir dans les actions.
Troisième argument en faveur des placements asiatiques : le capitalisme peut y disposer d’une plus grande marge de manœuvre qu’en Occident. Politique interventionniste oblige (surtout aux États-Unis), l’Occident va connaître une économie moins « libérale » ces prochaines années, voire décennies, principalement du fait des décisions politiques d’injecter des capitaux dans l’économie. Si les systèmes politiques asiatiques ne peuvent pas tous être regardés comme des parangons du capitalisme et de la libre économie, ils seront de plus en plus considérés comme des économies de marché ouvertes, plus qu’en Occident. Les capitaux vont forcément encore y affluer. À leur tour, ces rentrées vont restaurer la confiance des investisseurs et s’avérer bénéfiques pour le prix des actifs. De même, elles pourront justifier un assouplissement de la politique monétaire.
Dernier argument dans la balance : l’essor d’un marché interne de la consommation. Et c’est là peut-être le point le plus important. Des pays comme l’Inde et la Chine illustrent très bien cette situation. La demande de produits très prisés en Occident est un indice patent, tout comme la demande d’une alimentation plus protéinée, qui va doper la consommation de céréales, de viande, de lait et d’autres produits agricoles. S’agissant des biens de consommation durable, le mouvement de rattrapage à amorcer est encore important. Au début de cette année, pour la première fois dans l’histoire, les ventes de voitures ont été plus élevées en Chine qu’aux États-Unis. Nous pouvons donc en conclure que la demande de matières premières va se maintenir et qu’il faut se garder de sous-estimer le rôle de la Chine dans ce domaine. Les Chinois sont occupés à sécuriser leurs approvisionnements de matières premières par l’achat de produits et la constitution de stocks.
Le processus de développement d’un marché interne de la consommation a encore été accéléré par la crise du crédit. Les déséquilibres mondiaux (les pays occidentaux épargnent trop peu tandis que l’Asie épargne trop) sont actuellement en voie de rectification. À l’heure où le taux d’épargne effectue une remontée dans les pays occidentaux, les pays Asiatiques doivent commencer à consommer. Dans les années qui ont suivi la crise asiatique (1997-1998), les devises de ces pays ont subi de fortes dévalorisations, notamment sous l’impulsion de plusieurs interventions de l’État. Cela a stimulé les exportations à bon marché vers l’Occident. On s’attend à ce que les devises de nombreux pays asiatiques fassent l’objet d’une forte appréciation ces prochaines années et décennies. Il faudra donc trouver un nouveau modèle de croissance, puisque le modèle purement axé sur les exportations va devenir moins compétitif. Selon nous, le développement d’un marché interne de la consommation est au cœur de ce modèle de croissance. Les pays asiatiques seront aussi moins réticents à laisser leurs devises s’apprécier.
L’Asie reste le lieu de prédilection pour les prochaines années et décennies, en raison des grandes tendances favorables que nous venons d’énumérer. Nous restons bien disposés à l’égard des marchés des actions en général, et donc aussi de l’Asie, qui tend à devenir la locomotive de l’économie mondiale. Bien qu’il n’y ait certainement pas encore de découplage complet sur le plan des fondamentaux macro-économiques ou des dynamiques boursières, ce processus va progressivement se concrétiser à l’avenir.