Le prix du pétrole a connu d'énormes fluctuations au cours des deux dernières années et les investisseurs évaluent à présent les perspectives du secteur de l’énergie avec un prix du pétrole inférieur de plus de moitié par rapport au sommet atteint mi-2008. La rentabilité et la performance des actions du secteur de l'énergie sont évidemment très dépendantes du niveau des prix du pétrole (nous parlons des prix dans la mesure où il y a différents types de pétrole avec d'énormes écarts de prix).
Les prix du pétrole eux-mêmes résultent de l'équation offre / demande mondiale (le pétrole et le gaz peuvent être transportés sur de très longues distances à un prix raisonnable). La demande mondiale de pétrole a culminé à 87 millions de barils/jour durant l'été 2008 et est retombée à environ 83 millions de barils à la suite de la crise financière. Cela aurait même dû se traduire par une baisse supplémentaire des prix du pétrole, si ce marché n'était pas, dans les faits, un marché libre « contrôlé ». L'OPEP contrôle 43 % de la production mondiale de pétrole et l'organisation a très vite réagi en réduisant sa production. De fait, l'Arabie Saoudite est bien le banquier central des marchés du pétrole. Si les prix du pétrole sont soutenus par un prix plancher grâce à l'OPEP, des prix substantiellement plus élevés nécessitent désormais un retour de la croissance de la demande de pétrole. La production pétrolière, quant à elle, est plus délicate à évaluer. De nouveaux projets voient le jour (au large des côtés d’Afrique occidentale, en Russie et au Kazakhstan) mais de nombreuses régions d’exploitation connaissent d’importantes baisses de taux de production, notamment au Mexique qui constitue un exemple extrême de cette situation. L’important champ pétrolifère Cantarell (le second champ pétrolier au monde en termes de taille) a récemment subi une baisse de 34 % de sa production par rapport à l’année dernière. Les nombreux nouveaux développements, tels que les découvertes au large des côtes brésiliennes ou les sables bitumeux, ou encore les projets à l’étude, notamment dans l’océan Arctique, sont très coûteux à mettre en œuvre et requièrent des prix du pétrole élevés pour être rentables. Il est plus que probable que la production pétrolière mondiale aura du mal à faire face à la demande d’ici deux ans, lorsque l’économie mondiale sera de nouveau en plein essor.
Comment les entreprises pétrolières cotées évoluent-elles dans un tel contexte ? Aux niveaux de prix actuels , les géants du secteur pétrolier tels que Total ou BP sont à mêmes de couvrir leurs investissements et de financer leur important dividende. Ces entreprises réduisent les coûts afin de dégager une certaine marge de manœuvre dans l’éventualité où les prix du pétrole ne rebondiraient pas davantage de leurs niveaux actuels. Si les prix du pétrole venaient à s’envoler, ces entreprises pourraient de nouveau générer du cash flow et financer des forages coûteux, notamment dans les eaux du Groenland ou sur la partie profonde du plateau mexicain, ou tout simplement procéder au rachat de leurs actions.
Il en va de même pour les entreprises de services pétroliers. Si les prix venaient à rester aux niveaux actuels, compte tenu des valorisations bon marché de ces titres, les grands programmes de dépenses des majors pétrolières ne devraient pas faire l’objet de réductions significatives . En revanche, si la demande de pétrole venait à se redresser, les activités de forage et les coûts des services augmenteraient significativement, de même que les prix. Dans le cadre d’un tel environnement, les niveaux de prix actuels des actions sont particulièrement faibles.
La production pétrolière ne devrait pas connaître de croissance significative (une opinion partagée par les principaux spécialistes de la production en Arabie Saoudite) et le temps joue en faveur de l’investisseur patient : en effet, ce n’est qu’une question de temps avant que l’économie mondiale ne soit de nouveau robuste et la demande d’énergie subséquente tirera à la hausse les prix du pétrole. Les cours actuels, qu’il s’agisse des majors pétrolières, des entreprises de services ou des petites sociétés d’exploration et de production, n’intègrent pas une hausse des prix du pétrole. Les importantes nouvelles découvertes de gisements induisent, de toute évidence, un effet haussier supplémentaire pour certaines entreprises. A titre d’exemple, les découvertes majeures au sein de la couche sédimentaire des côtes brésiliennes ont bouleversé les perspectives de long terme de BG Group et de Repsol.

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